Le sort des espèces de poissons menacées est toujours au coeur des discussions parmi les aquariophiles. Il y a quelques mois j'ai suivi une discussion particulière concernant l'aide afin de préserver les cichlidés malgaches sauvages. J'ai été particulièrement intéressé par les considérations concernant l'action que peuvent entreprendre les aquariophiles pour favoriser les poissons vivant dans leurs habitats naturels, y compris la réintroduction de programmes là où cela s'avère nécessaire.
A ce moment il ne m'est pas possible de participer à la discussion.
Je souhaiterais maintenant la reprendre, en ne mettant pas seulement
l'accent sur les cichlidés de Madagascar mais aussi sur les autres
espèces de poissons menacées.
Il me semble que les programmes de conservation dans la nature, y
compris la réintroduction, ne fonctionnent tout simplement pas. Mon
expérience lors des récoltes indiquent que les manipulations
environnementales par les humains (déforestation, introduction de
nouvelles espèces dans des habitats existants, pollution des eaux,
etc.) font plus que saper le succès de tels programmes. Des inquiétudes
similaires ont été pareillement exprimées par d'autres aquariophiles et
scientifiques.
Une autre raison inhibitrice des possibilités de succès de tels
programmes est que rallier des soutiens semble difficile. Ceci est en
relation avec les motifs des intérêts des aquariophiles pour les
espèces menacées. Sûrement certaines personnes prennent sincèrement
soin des poissons vivants dans leur habitat naturel. Pourtant, comme le
hobby s'étend, les poissons et en particulier les espèces menacées
acquièrent en permanence pour des raisons commerciales une valeur
financière grandissante. Par conséquent la nature est considérée comme
« une ressource » pour le hobby, elle fournit des poissons pour couvrir
la demande croissante en nouvelles espèces. En résumé, la priorité pour
de nombreux aquariophiles est de posséder des poissons dans leur bac
plutôt que de les protéger dans la nature. Que nous le voulions ou pas
nous sommes des consommateurs.
Bien que ce désir sonne plutôt comme “égoïste”, il est légitime à
mon point de vue. Mais si ceci est notre motif alors il serait
préférable de l'admettre. Il ne s'agit pas d'essayer de le dissimuler
par des discussions concernant la réintroduction et les interventions
dans la nature. L'acceptation des faits va nous permettre de faire des
plans réalistes, qui auront plus de chance de réussir. A mon avis ceci
a l'avantage supplémentaire qu'il peut également protéger les espèces
qui, inconnues jusqu'à présent, sont pourtant menacées d'extinction.
Travailler dans nos bacs avec des espèces menacées peut avoir de
plus grandes chances de succès que d'essayer de changer le cours
d'événements menaçants les habitats naturels, au moins comme première
étape vers la préservation. Ceci est dû à de multiples autres raisons.
Notamment, l'une d'entre elles est le contrôle que nous avons sur nos
bacs, que clairement nous n'avons pas sur les habitats naturels.
Par ”travailler” j'en réfère strictement au soin des poissons de
telle manière qu'ils restent vivants et en bonne santé et que leurs
pontes sont répandues dans le hobby. Au cours des années les
aquariophiles ont acheté et récolté des espèces pour leurs bacs sachant
que ces espèces habitaient des endroits restreints et vulnérables. Ces
poissons ont été observés et surtout étudiés pour satisfaire notre
désir d'apprendre autant que nous le puissions à leur sujet – ou ils
étaient simplement possédés avec fierté à cause de leur rareté. Malgré
tout la plupart d'entre nous n'ont jamais pris soin de protéger ces
espèces au sens de prendre des mesures pour qu'une éventuelle perte des
spécimens récoltés dans la nature ne soit pas tautologique avec la
perte permanente de l'espèce. Seuls quelques uns, en relation avec
l'ensemble de la communauté, se sont engagés dans la reproduction
d'espèces sur une longue période, sans se soucier des prix du marché,
de la rareté, des difficultés, etc. Ainsi, heureusement il existe
encore des stocks disponibles par exemple de Melanochromis auratus , Nimbochromis venustus , Pseudotropheus tropheops , Neolamprologus tetracanthus , Julidochromis ornatus , Tropheus cf moori
“Magara” et d'autres. Sans le besoin de nouvelles importations,
quelques enthousiastes sont encore en possession d'espèces connues
depuis longtemps ou de morphes d'un excellent standard.
Actuellement la situation concernant la récolte dans la nature
change rapidement. Ceci n'est pas seulement dû au fait que de plus en
plus d'espèces se raréfient à cause des changements environnementaux ou
de la surpêche. Les rivières et les lacs qui ont approvisionné notre
hobby sont « régulés » ce qui a pour résultat de les rendre moins
accessibles. Par exemple le Sri Lanka n'autorise plus la récolte et
l'exportation de Malpulutta kretseri tout comme certaines
autres espèces. Le Brésil constitue un autre exemple primaire d'un pays
limitant ou restreignant totalement l'accès à ses habitats naturels.
Bien sûr nous ne devons pas oublier les listes “positives” discutées
par un certain nombre de pays durant ces dernières années. Les
règlementations internationales comme le CITES incluent un nombre
grandissant d'espèces.
Ceci pourrait signifier que dans un futur proche notre capacité à
accéder à un certain nombre d'espèces deviendra progressivement très
limitée. Vous pouvez même être témoin de situations telles que celles
appliquées aux orchidées sauvages. Les plantes sont
« hautement »protégées dans la nature; le commerce de spécimens non
reproduits est restreint par le CITES et beaucoup d'autres
règlementations. Toute personne essayant de récolter des spécimens
sauvages viole une multitude de lois et s'expose à des poursuites. Ceci
s'applique même quand les plantes individuelles à récolter sont des
plantes sauvées d'un bulldozer, créant une nouvelle route pour une mine
d'or ou récoltées dans une zone prévue pour être brûlée pour laisser la
place à une nouvelle ferme. Heureusement des nurseries à orchidées sont
bien établies; ceci permet aux amateurs de profiter de leurs plantes
favorites.
Outre les dangers mis en évidence plus haut, des règlementations
supplémentaires peuvent empêcher ou interdire certaines espèces d'être
maintenues avec succès et diffusées dans le hobby. Une histoire vraie :
un de mes amis reproduit des colibris avec beaucoup de résultats. Il
est en relation avec d'autres éleveurs en Europe, mais ne peut pas
exporter les pontes de ses oiseaux vers chaque pays européen.
Pourquoi ? Non pas à cause du CITES mais à cause de règlementations
locales. Dans certains pays les éleveurs se sont vus demander par le
gouvernement il y a environ 10 ans de déclarer les espèces de colibris
maintenus et élevés. Certains éleveurs l'ont fait, d'autres (pour
diverses raisons) ne l'ont pas fait. Il en résulte un pourcentage
limité du groupe d'espèces disponibles pour le hobby qui a été
enregistré. Dans certains de ces pays toutes les espèces enregistrées
il y a 10 ans sont autorisées à être maintenues comme stock disponible,
même si elles sont protégées dans la nature. Toutes les autres espèces
sont strictement interdites (si elles ne sont pas enregistrées).
Bien que nous puissions espérer que des règlementations comme
celles-ci ne vont jamais concerner les aquariophiles nous devons
toujours prendre en considération ce qui peut arriver si elles entrent
en vigueur. Souvenez-vous, certains pays discutent de listes positives
! !
En prenant en considération tout ce qui précède, je propose de faire
quelque chose concernant la protection dans nos bacs dès à présent
d'espèces rares ou menacées, avant qu'il ne soit trop tard. Et qui
sait, si nous gérons avec succès cette première partie nous serons en
position dans le futur de faire quelque chose à propos des espèces dans
la nature.
J'aimerai vous inviter vous tous à démarrer un programme de
conservation et d'espèces reproduites dans nos bacs des espèces
menacées nationales et internationales. Lors de cette étape les
participants nécessitent uniquement de déclarer des informations
limitées comme : les espèces qu'ils possèdent, qu'ils conservent les
poissons pour le plaisir ou pour l'élevage personnel et tout spécimen
d'une espèce unique qu'ils peuvent posséder. Plus tard si plus de
personnes expriment un intérêt en dédiant des bacs pour soutenir la
préservation d'une espèce particulière il nous faudra aussi communiquer
nos connaissances concernant la maintenance et la reproduction de ce
poisson.
Une question qu'il nous faut prendre en considération est la manière
de connecter les gens élevant des espèces, des formes et des morphes
rares de façon à avoir un meilleur stock génétique. Il se peut aussi
que ce service nous rendra capable de préserver une espèce en danger
d'extinction : peut-être ici en Autriche nage un unique mâle d'une
espèce rare et aux USA une unique femelle de la même espèce. Leur
permettre de se rencontrer est essentiel pour le maintien de l'espèce.
Somme-nous capables de faire cela ? Comment ?
S'il vous plait ne me dites pas que cela ne peut pas fonctionner.
Cela fonctionne bien entre individus privés ou amis qui se connaissent
et qui ont un contact personnel. Il existe des associations qui
favorisent leur hobby de cette manière, à savoir ayant une liste du
stock pour toutes les espèces disponibles dans leur association pour
les personnes intéressées par l'acquisition ou la reproduction de
celles-ci. Les jardins zoologiques conduisent de la même manière des
programmes de reproduction avec beaucoup de succès pour nombre
d'espèces. Ne pourrions-nous essayer de structurer un programme
semblable pour servir la communauté piscicole ? Pourquoi cela ne
pourrait il pas fonctionner avec des personnes utilisant internet comme
moyen d communication ?
Bien sûr il y aura beaucoup de travail, mais internet offre
d'énormes possibilités. Je ne demande pas que chacun qui possède une
espèce rare de se joindre; tous ceux qui sont intéressés sont les
bienvenus. Nous aimerions commencer quelque chose comme une « fishbase”
(une base de données) avec les scientifiques et les aquariophiles du
monde entier coopérant pour soutenir le projet. Avec optimisme, au fur
et à mesure de l'avancement du projet, davantage de gens vont nous
rejoindre, augmentant ses chances de succès.
Pour le moment les choses s'annoncent bien lorsqu'il s'agit des
poissons d'eau douce. Seul un nombre limité d'espèces sont interdites
de maintenance. La situation actuellement favorable ne durera pas
éternellement, nous avons d'amples avertissements à ce sujet. Il nous
faut démarrer à faire quelque chose maintenant, avant que les choses
n'aillent plus mal. S'organiser maintenant va augmenter nos chances de
conserver des espèces menacées dans le futur également, même
lorsqu'elles ne peuvent plus être récoltées ou exportées. Nombre de
poissons-chats originaires du Brésil ne peuvent être exportées
actuellement, pour eux il est peut-être minuit moins cinq en ce qui
concerne le hobby. Malgré tout, nous avons encore bon nombre de ces
poissons dans nos bacs. Faisons quelque chose avec eux, prouvons que
nous ne sommes pas seulement des consommateurs exploitant des
ressources naturelles pour notre plaisir personnel.
Ceci ne sont pas toutes les pensées que j'ai à propos de ce sujet.
C'est seulement un début. J'espère qu'une bonne discussion va
commencer, résultant par une mise en évidence des questions pertinentes
et concrètement par des actions spécialisées. Je suis sûr qu'il sera
possible de faire quelque chose de positif pour ces espèces que nous
aimons. Et si nous pouvons faire cela correctement, alors nous pouvons
peut-être faire un autre pas et faire quelque chose de plus pour
permettre la protection de ces espèces dans la nature, pourvu que la
nature existe encore pour certaines ou toutes ces espèces en tant que
possibilité.
C'est à nous de travailler maintenant pour sauver ces poissons avec
lesquels nous travaillons depuis de si nombreuses années. Si les
aquariophiles engagés dans le hobby et conscients des possibles dangers
ne vont pas le faire qui va le faire ?